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Jo Cottenier : cœur rebelle, esprit acéré – adieu à un pionnier rouge
Des protestations étudiantes à Louvain aux mines de Genk, de l’anti-impérialisme à la lutte pour le climat – Jo Cottenier a toujours été du côté des travailleurs. Toute sa vie, il a contribué à forger une gauche radicale et cohérente en Belgique.
Jo Cottenier fut l’un des cofondateurs du Parti du Travail de Belgique (PTB) en 1979. Il fut membre du bureau du parti du PTB jusqu’en 2021. Jo est décédé le 21 août 2024.
Né en Flandre occidentale
Jo Cottenier est né le 17 mai 1947 à Lauwe, en Flandre occidentale, dans une famille catholique de 4 enfants. Jo était le troisième. Il avait 2 frères aînés, Josef et Pascal, et une sœur cadette, Rita. C’était une famille chaleureuse où les parents faisaient tout pour leurs enfants.
Le père de Jo, Jéroom, était lui-même issu d’une famille de 9 enfants. Avec trois de ses frères, il avait fondé une entreprise de construction prospère, où Jéroom était responsable de la charpente et de toute la menuiserie.
Les parents de Jo appartenaient à la deuxième génération à s’élever à la classe moyenne. À cette époque, les enfants de travailleurs accédaient pour la première fois à des études supérieures ou universitaires.
Jo commence à étudier la médecine
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Albert Schweitzer – un pionnier dans la jungle
Jo était un étudiant exceptionnellement brillant et avait un large intérêt pour les sciences et l’histoire. Il était passionné par le monde en rapide évolution. Dans sa jeunesse, Jo fut inspiré par l’humanisme et l’anticolonialisme du docteur Albert Schweitzer. Il lut ses livres à plusieurs reprises et voulait suivre son exemple. C’est pourquoi il entreprit des études de médecine à la Faculté Notre-Dame de la Paix à Namur. Il souhaitait travailler comme médecin en Afrique et une bonne connaissance du français pourrait certainement l’y aider. Cependant, comme il n’y avait plus de place à Namur, Jo dut s’inscrire à l’Université de Louvain.
Rapidement, il fut entraîné dans le mouvement étudiant, initialement mené par des nationalistes flamands. Inspiré par les protestations étudiantes aux États-Unis contre la guerre du Vietnam, le mouvement étudiant louvaniste évolua rapidement vers une orientation radicale et progressiste. Le slogan “Leuven Vlaams” (Louvain flamande) fut éclipsé par des protestations contre la guerre du Vietnam, pour le soutien aux mouvements de libération du Tiers-Monde, la Révolution culturelle chinoise et la solidarité avec les travailleurs.
Jo rejoint le “Mouvement du Tiers Monde”
Son intérêt précoce pour les mouvements de libération nationale amena d’abord Jo à un groupe d’étude sur l’anti-impérialisme, le “Mouvement du Tiers Monde”. L’une de ses professeures y était Wies De Roeck. Elle devint la première femme de Jo. Le Mouvement du Tiers Monde était une section du SVB, le Mouvement Syndical Étudiant (StudentenVakBeweging), dirigé par Ludo Martens, Paul Goossens et Walter De Bock. Jo acquit rapidement plus de responsabilités au sein de l’organisation.
Ouvriers étudiants : un seul front
En 1966, deux mineurs furent abattus lors de la lutte contre la fermeture de la mine de Zwartberg. Les années suivantes furent marquées par plusieurs grandes grèves. Confronté à la lutte ouvrière, le SVB lança en mai 1968 le mot d’ordre “Ouvriers – étudiants : un seul front”. Dans cet esprit, Jo fonda en 1969 le groupe de travail “Silicose”. L’objectif était de familiariser les étudiants en médecine avec la réalité sociale des mineurs en Belgique.
Fondation de TPO/AMADA (Tout Pouvoir aux Ouvriers/Alle Macht Aan De Arbeiders)
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De g. à dr. : Herwig Lerouge, Jo Cottenier, Ludo Martens et Kris Merckx (AMADA-TPO) 1979 -Photo Solidaire
Inspiré par “Que faire ?” de Lénine, une partie du SVB décida en 1970 de fonder l’organisation communiste TPO/AMADA (Tout Pouvoir aux Ouvriers/Alle Macht Aan De Arbeiders). Jo décida, en coordination avec Ludo Martens, d’interrompre ses études de médecine. Il était en cinquième année.
En 1970, de nouvelles grèves éclatèrent dans les mines et chez Ford-Genk. Déterminés à mener une vie au service de la classe ouvrière, les étudiants de TPO/AMADA soutinrent les grèves. Plusieurs de ces grèves ne bénéficiaient pas à ce moment-là du soutien des syndicats, ce qui amena TPO/AMADA à adopter des positions très critiques à leur égard.
Jo, rédacteur en chef (et caricaturiste) de l’hebdomadaire de TPO/AMADA
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Jo déménagea à Anvers avec Wies et devint rédacteur en chef du journal “Alle Macht aan de Arbeiders” (Tout le pouvoir aux travailleurs), l’hebdomadaire de TPO/AMADA. Le nom du journal était inspiré du slogan des Black Panthers : “All Power to the People”. Jo n’était pas seulement rédacteur en chef, mais aussi caricaturiste de service avec ses célèbres têtes de porc.
AMADA modifie son attitude envers les syndicats après un débat contradictoire
En 1971, AMADA soutint la grève au chantier naval Boel à Temse. Initialement, AMADA critiquait les délégués syndicaux qui menaient la grève. Mais au cours de cette lutte, AMADA fut témoin du travail d’organisation et de politisation de la délégation syndicale, dirigée par Jan Cap (CSC) et Karel Heirbaut (CSC). Cela entraîna une discussion au sein de la direction d’AMADA sur la relation du parti avec les syndicats. Cette discussion fut tranchée après un débat approfondi et contradictoire au sein de la direction. Ludo Martens était un maître du débat contradictoire, s’appuyant sur les principes suivants : 1) une analyse concrète de la situation, 2) étayée par des faits issus d’enquêtes et de documents, 3) l’étude de la théorie marxiste-léniniste et enfin, 4) un débat contradictoire sur la question. Le résultat de ce débat fut qu’AMADA a changé son point de vue sur les syndicats. AMADA reconnut alors l’importance d’un travail syndical démocratique et militant pour la promotion de la lutte des classes. Dès lors, le soutien aux dirigeants et délégués syndicaux militants deviendra l’une des pierres angulaires politiques d’AMADA.
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Karel Heirbaut (Boel) , Jo Cottenier et Hugo Franssen lors d’une réunion deTPO/AMADA – Photo Solidaire
En 1973, l’AMADA a soutenu la grève des dockers. Au cours de cette grève, Jo et d’autres camarades de l’AMADA ont été arrêtés et détenus pendant une semaine. En 1974, avec Imelda Haesendonck et Kris Hertogen, Jo fonde la section syndicale de AMADA.
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Jo vend Solidair lors d’une manifestation sur les pensions (1982 contre le gouvernement Martens) – Photo Solidaire
Fondation du PTB (PVDA) en 1979
En 1976, Jo déménagea à Charleroi afin de développer AMADA en Wallonie, dans le but de devenir un véritable parti politique national. Cela aboutit à la fondation du Parti du Travail de Belgique (PTB-PVDA ‘Partij Van De Arbeid’) en 1979.
Dans les années 1980, Jo et l’ensemble de la direction du parti concentrèrent leur énergie sur le développement ultérieur du parti et le développement du travail syndical. Jo se spécialisait dans les questions économiques.
Jo en tant qu’auteur
En 1989, il publie le livre “La Société Générale” dans lequel il analyse l’évolution du capitalisme belge. La Société Générale a exercé un contrôle considérable sur de larges pans de l’économie belge et de l’empire colonial belge.
En 1991, Jo publia avec Kris Hertogen le livre « Le temps travaille pour nous – Manuel pour les militants syndicaux ». Ils y analysent les changements dans les processus de production, la crise du capitalisme, les nouvelles technologies, la mondialisation et ses effets sur la composition de la classe ouvrière.
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Le Séminaire Communiste International (SCI)
Dans les années 1990, le mouvement communiste mondial traversa une période difficile en raison de la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. De nombreux partis et organisations communistes furent dissous ou se transformèrent en partis sociaux-démocrates réformistes.
Sous l’impulsion de Ludo Martens, la direction du PTB prit l’initiative en 1992 d’organiser un “Séminaire Communiste International (SCI)”. Le thème du 1er SCI était : “Quelles leçons tirer de l’effondrement du bloc de l’Est et de l’Union soviétique ?”. Entre 1992 et son arrêt en 2013, plus de 200 organisations participèrent aux séminaires annuels. En partie grâce au SCI, la liquidation de plusieurs partis et organisations communistes à travers le monde fut évitée. Jo joua un rôle important dans l’organisation et la préparation de ces séminaires.
La grève contre la fermeture de l’aciérie “Forges de Clabecq”
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Jo Cottenier en compagnie du syndicaliste Roberto D’Orazio de Clabecq – Photo Solidaire
En 1996-97, Jo a conseillé Roberto D’Orazio et la délégation syndicale des “Forges de Clabecq” dans leur lutte contre la fermeture de leur aciérie. Ce travail a débouché sur une marche de 70 000 manifestants en solidarité avec les travailleurs de Clabecq.
Résistance à l’invasion américaine de l’Irak (2001)
Après le 11 septembre 2001 et l’invasion américaine de l’Irak et de l’Afghanistan, Jo apporta une contribution importante à la coalition anti-impérialiste “STOP USA” et au “Tribunal de Bruxelles”, qui poursuivit George Bush pour crimes de guerre. Durant cette période, Jo déménagea de Charleroi vers le quartier bruxellois de Molenbeek.
STOP USA eut une suite en 2003 avec “RESIST”, une alliance électorale du PTB et de la “Ligue Arabe Européenne” de Dyab Abu Jahjah. Les résultats électoraux de “RESIST” furent très mauvais. Cela entraîna une véritable crise majeure au sein du parti, avec la démission d’une partie de la direction. De nombreux membres avaient le sentiment que le parti s’était éloigné de son orientation sur les questions socio-économiques et le travail syndical. Tout cela était de plus en contradiction avec la “résolution 99”, une décision du Conseil National concernant la tactique du parti. L’application de la “résolution 99” avait conduit aux premiers résultats électoraux aux élections communales de 2000 à Herstal et Zelzate.
Le Congrès de Renouveau (2008)
La crise mena à une approche renouvelée et aboutit finalement au “Congrès de Renouveau” en 2008, où Peter Mertens fut élu président. Jo joua un rôle important dans la préparation de ce “Congrès de Renouveau”. Il soutint pleinement le mouvement de renouveau qui se déploya pleinement après 2008. Il continua en même temps à souligner que le renouveau devait s’accompagner du maintien des principes marxistes-léninistes.
La période après 2008 est également marquée par l’émergence de nouveaux mouvements de gauche, tels qu'”Occupy Wall Street”, les succès électoraux du Parti Socialiste (SP) des Pays-Bas, de Podemos en Espagne et de Syriza en Grèce.
Jo se concentra sur les analyses de la crise financière de 2008. Cette année-là vit l’émergence d’une nouvelle crise du capitalisme, construite sur les principes du marché libre. Jo défendit le socialisme, avec sa planification socialiste, comme alternative au capitalisme.
Jo se concentra sur les analyses de la crise financière de 2008. Cette année-là vit l’émergence d’une nouvelle crise du capitalisme, construite sur les principes du marché libre
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Entre-temps, trois années de suite, Jo a voyagé pendant ses vacances (en 2006, 2007 et 2008) avec l’association “Droit au retour” et une douzaine de jeunes dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban.
Il était à cette époque très actif au sein du bureau d’études du parti. Son attention portée à la crise financière lui permit de fournir des éléments importants pour les best-sellers de Peter Mertens, “Hoe durven ze? (2011)” (Comment osent-ils ?) et “Graailand (2016)” (Terre de rapine).
2012 : première percée électorale
La stratégie de communication, axée sur les besoins économiques des travailleurs, apporta au parti d’importantes victoires électorales. En 2012, le PTB réalisa une première percée aux élections locales en appliquant méticuleusement partout les leçons de la campagne électorale d’Herstal et Zelzate. En 2014, la première percée eut lieu au parlement fédéral avec l’élection de 2 députés du PTB.
Lors du 9e “Congrès de Solidarité” du PVDA en 2015, Jo fut réélu à la direction du parti. Après les bons résultats électoraux, le “Congrès de Solidarité” confirma la stratégie de communication du parti, tout en maintenant une stratégie de changement social.
Retour en Chine pour assister à un séminaire marxiste
35 ans après son premier voyage en Chine (1980), Jo se rendit à nouveau en Chine en 2015 pour assister à un séminaire marxiste sur le socialisme à l’université de Wuhan.
En 2017, Jo déménagea à Anvers. La même année, il épousa Anne Dhooge. Anne avait longtemps travaillé comme activiste et responsable syndicale à la CSC. Jo et Anne se connaissaient depuis le mouvement étudiant de Louvain et la grève des dockers de 1973.
Jo se concentre sur le climat
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En 2019, Jo a donné plusieurs soirées sur les plans du PTB pour la crise climatique. Ici à Liège avec Nadia Moscufo – Photo Solidaire
En réaction aux protestations massives autour de la crise climatique en 2018, Jo développa des propositions pour contrer le réchauffement climatique par des investissements à grande échelle dans les énergies renouvelables, le stockage et le transport d’énergie à l’aide de l’hydrogène. Il plaida également pour une planification économique avec l’intelligence artificielle. Selon lui, le système capitaliste n’était pas en mesure de relever les défis les plus urgents de l’humanité.
Fidélité aux principes marxistes-léninistes
Jo resta également attaché aux principes marxistes-léninistes qu’il avait défendus toute sa vie. Dans ce cadre, il mettait de plus en plus en garde contre une focalisation trop exclusive sur le travail au sein des administrations parlementaires et municipales. Le travail du parti dans les entreprises et les syndicats restait également très important pour lui. Lorsque des divergences d’opinions et des problèmes se présentaient, il plaidait pour un débat contradictoire.
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Festival ManiFiesta (09/2021) – www.solidaire.org – Dieter Boone
Maladie et revers
Lors du congrès d’unité de 2021, Jo ne fut plus élu à la direction du parti. Ce fut un coup dur pour Jo. Peu de temps après le congrès, il tomba malade. Il dut être hospitalisé pendant 6 mois pour une encéphalite de stress. Peu de temps après son rétablissement en 2022, sa femme Anne décéda. En 2023, on lui diagnostiqua un cancer. Pourtant, sa mort en 2024 fut une surprise.
Alors que des mouvements tels que ceux de Podemos ou de Jeremy Corbyn et Bernie Sanders commençaient à s’essouffler dans les années 2020, le PTB put maintenir ses succès électoraux lors des élections locales et fédérales de 2024. Bien que la stratégie de communication ait apporté des succès électoraux au parti, il ne faut pas oublier que les succès actuels sont également dus à la discipline interne, au professionnalisme, aux structures et au maintien de ses principes. Autant de choses qui ont été construites à partir de 1970 sous la direction, entre autres, de Ludo Martens et Jo Cottenier.
La rédaction de la Fondation Jo Cottenier Joris Van Gorp en Kris Hertogen